Des français en side au TT : Histoire vécue !
Ils sont nombreux, à s’affronter sur ce circuit, tous les ans : Près de 300 pilotes et équipages dans les 6 courses solo et les deux courses de side. Et, parmi tout ce joli monde, un équipage de side-car made in Bretagne : Michel JACQUES-JEAN et Gérard BARBE. Récit de leur participation en 1999.
Michel JACQUES-JEAN et Gérard BARBE.Lui : 46 ans, chauffeur-routier à Rennes (35), 22 années de sidecar. L’autre : 37 ans, mécanicien à St Thégonnec (29), passager émérite. Ici ils sont en pré-grille de la course "A" 1998. © Copyright F.Beauchamp |
La toute première fois...
En 1985 Michel Jacques Jean accompagné de Loïc ANSQUER, débarquent pour la toute première fois au TT et ils lancent leur SCHMIDT-Yamaha à l’assaut de cette piste. Mais Michel et Loïc abandonnent dans les 2 courses à la suite de broutilles (amortisseurs trop faibles, puis ressorts de fixation des pots cassés). Mais au niveau de l’expérience humaine, ils ont fait un carton plein.
En 1986, Michel et son nouveau passager, Jean-Claude HUET, empruntent un WINDLE Yamaha (plus résistant que le pauvre SCHMIDT) pour un retour en force sur 1’Ile. Tellement en force qu’un moteur explose lors de la 1ère course, et désabusés, ils envisagent de le roder pendant un tour car reconstruit à neuf. Mais ce "rodage’ se fait en rattrapant et en dépassant un bon nombre d’autres concurrents. A la fin du premier tour, ils décident de remettre de l’essence et de continuer. Résultat : ils finissent 19e après ce ravitaillement impromptu et ... une sortie de route !
1996 : Ils reviennent !
Michel JACQUES-JEAN et Gérard BARBE (re)débarquent en mai 96 pour goûter à nouveau aux joies des routes Manxoises. Le BAKER-Honda qui les accompagne a été construit pour résister à la "souplesse" du bitume. Ce châssis est du type "Formula Two" que la Fédé anglaise a créé en 1984 et qui est la règle sur L’Ile de Man.
Afin de diminuer la course à l’armement, les anglais ont jeté les bases d’une catégorie où les châssis sont courts, en treillis tubulaire, avec des fourches conventionnelles et le moteur devant le pilote. Les moteurs sont soit des 4 cylindres/4temps 600 cm3, soit des bicylindres 2-temps 350 cm3. C’est la solution d’avenir pour cette spécialité qu’est le side-car. Actuellement, les équipages du French Circus, dans leur grande majorité, s’entêtent à vouloir faire courir des châssis longs à bout de souffle qu’ils ne savent ni régler ni entretenir. Avec un châssis Formule Deux, pas de souci et un moteur 600 cm3, ça envoie de l’air.
Cette reprise de contact ne laissera pas un souvenir impérissable tant les conditions météo ont été épouvantables. La fête a été gâchée.
Présents pour les 90 ans
Retour sur l’Ile en 1997, toujours avec le BAKER-Honda. Si la première course s’achève par un abandon, la 2nde se termine à la 39e place (70 engagés et 46 équipages à l’arrivée) après une belle bagarre avec un copain irlandais.
Mais Michel et Gérard préparent déjà 1998 en dénichant en Angleterre un WINDLE-Yamaha de 1996 plus performant que le vieux et fidèle BAKER.
Suffisamment performant pour faire la pige aux 1200 cm3 des LCR et consort au Mans durant les essais de la 1ère manche du Championnat de France 98. Les rigolards qui se gaussaient de la "caisse à mulettes’, tiraient la tête des mauvais jours en parlant d’un faux 600 cm5 gonflé à 900 cm3 !! Et bien, non sauf qu’en course, la bielle qui a voulu regarder le Bugatti de l’extérieur a tout gâché... Anecdote.
Here we are again !
24 mai 1998, nous débarquons du ferry "King Orry" sur les quais de Douglas. Les copains belges sont déjà là (salut Jean-Pierre et Damien).
Sur le tracé seule nouveauté : la rénovation d’un bout de bitume par contre la météo n’est pas là pour aider les performances.
Côté mécanique, tout est OK. Le moteur n’a subi qu’une préparation légère (allumage spécifique, carbus à boisseaux plats) : fiabilité d’abord. Les petits problèmes trouvent tous rapidement une solution auprès des nombreux ateliers que compte l’Ile, avec le sourire et pour pas cher. Ces visites nous font voir des conditions de travail folkloriques, dignes du siècle dernier.
Que d’eau, que d’eau !
La première séance est un rodage du châssis, du moteur et des duettistes. C’est mouillé, ce lundi matin à 6h00. les deux français bouclent un tour en 29’30" (le favori, Dave MOLYNEUX, met 25’O6’’ le plus rapide John HOLDEN, met 23’34").En 2° séance, Michel et Gérard établissent un tour en 25’01", suffisant pour la qualification.
le mardi, la météo interdit toute séance, et c’est un avant-goût de ce qui nous attend. Ils se contentent de 4 tours d’essais en tout. D’autres n’en ont réalisé que 3 !
Si la météo a gêné les essais, elle perturbe salement les courses. Le samedi 6juin, doivent avoir lieu le "TT Formula One" et la 1ère course Side-cars. Tout le monde est sur le pied de guerre et rien ne se passe. La visibilité est nulle dans la montagne. On ne sait plus si ce sont des nuages trop bas ou un brouillard trop dense. Le circuit est dangereux, pas question d’aller à la boucherie. Michel et Gérard passent le WINDLE aux vérifs, quand la nouvelle tombe : pas de course aujourd’hui. Rien de surprenant. Si la course solo est reportée au lendemain, celle des side est ANNULEE. Du jamais vu ! La grogne monte très vite chez les sîde-caristes anglais. les priver de courir ! Shockîng !
Leurs représentants auprès de la direction de course ont fort à faire. La décision finale est de maintenir le volume global des primes de départ et d’arrivée, ce qui revient à les doubler pour la 2nde course (si elle a lieu !!) .Chaque équipage qui boucle un tour de course est assuré de £200. Le vainqueur de l’épreuve repart avec une prime d’arrivée de £5000. Donc, en cas de doublement, cela ferait la modique somme de 100.000 francs (oui, des nouveaux). Ca râle toujours : si la majorité des concurrents accepte la 1ère clause, elle réclame aussi le partage des primes de la 1ère course, non distribuées, à tous ceux qui vont finir !
Orage oh désespoir
Dimanche 7 juin, le temps est toujours aussi maussade et seule la course "TT Formula One" prend son envol.
Lundi 8 juin, le soleil existe, mais au-dessus de ces F... off de nuages. Seuls les "Lightweights" peuvent partir, mais seulement pour 3 tours sur les 4 prévus. La pluie qui tombe drue va encore réduire cette course à 2 tours... Et Joey DUNLOP gagne son 23e TT en 23 ans de participation. Du même coup, il offre à Honda sa 96° victoire en 39 ans.
Toujours pas question de faire partir les side-cars...
Le ton monte. Dans une interview à "Motorcycles News", Dave MOLYNEUX souffle sur les braises en indiquant qu’il refuse de partager la galette à l’arrivée :
"Je ne me suis pas décortiqué pendant 7 mois à préparer un châssis et un moteur pour partager des primes à l’arrivée avec ceux qui sont venus faire 3 tours de tourisme" (sic). Bonjour l’ambiance. D’accord, Dave construit les plus beaux châssis qui soient, de vrais bijoux. Il faut dire qu’il a sur le dos la pression de Honda qui veut gagner toutes les courses y compris celles des trois roues.
C’est parti mon quiqui.
Mardi 9juin, la météo prévoit une "fenêtre" en fin de matinée. Vers 10h00, la pluie cesse et un vent, assez fort, commence à sécher la ligne de départ. Mais, qu’en est il dans les sous-bois et dans la montagne ? Quels pneus monter ? Des "pluies" ou des "slicks" ? Valse hésitation.
Finalement, tout le monde opte pour des slicks légèrement retaillés, quelques optimistes partent en slicks.
Michel et Gérard n’aiment pas du tout cette situation. Ils n’ont pas le réseau d’informateurs qui renseignent les favoris sur les endroits encore détrempés. Avant chaque entrée de courbe aveugle, il va falloir se méfier. Ca n’aide pas vraiment à la concentration.
Le départ des concurrents a lieu en fonction des performances passées ! Les "New Comers" sont incorporés dans cette liste selon leur réputation. Les temps réalisés aux essais n‘ont aucune influence sur cet ordre. Toutes les 10 secondes, un attelage est lâché sur la piste et l’attente des assistants commence. C’est stressant d’attendre qu’ils aient fini de faire joujou ! Et ce n’est pas le peu d’information que distille l’immense tableau noir qui nous rassure.
The système of the black Boarde
Explications. La méthode d’information des foules concoctée par l’organisation est typiquement british. D’abord, Manx Radio diffuse les commentaires officiels sur ses ondes et on peut suivre les courses l’oreille sur le transistor. Ensuite, un immense tableau noir est disposé devant les stands. Il y a autant de colonnes que d’engagés, et autant de lignes qu’il y a de tours à parcourir. Au sommet de chaque colonne, sous chaque numéro, une lampe verte s’allume dès qu’un pilote se présente à 2 km de l’arrivée. Les stands sont ainsi informés de son passage imminent ou de son entrée dans l’allée de ravitaillement.
Sous cette lampe, un cadran divisé en 4 parties représente la ligne de départ, le virage de Ballacraine, la ville de Ramsey et le col de Bungalow dans la montagne. Dès qu’un concurrent y passe, il est signalé par radio et une armée de petits scouts est chargée de faire tourner l’aiguille sur la position idoine. On connaît ainsi la position de chacun.
Enfin, ça dépend aussi de la bonne volonté des dits scouts car, trop souvent, ces petits saligauds sont trop occupés à se faire des niches et oublient leur mission sacrée... Petits cons !.
Sous ce cadran, une pile de feuilles de papier est agrafée au tableau. Ces feuilles sont arrachées au fur et à mesure du déroulement de la course. Elles indiquent d’abord si le concurrent ne prend pas le départ (NS = Non Starter), puis le numéro du tour qu’il est en train d’accomplir. Enfin, s’il a bouclé ses 3 tours, un "F" (= Finisher) clôt l’opération.
Sous ces feuilles, les temps réalisés sont peints dans chaque ligne symbolisant les tours. En cas d’abandon, un "R" (= Retired) est affiché. Il n’y a plus qu’à aller se renseigner au bureau de course qui connaît l’endroit et le motif de l’abandon.
C’est toujours à cet instant que la pression monte.
A donf !
De notre poste, on sent bien que Michel JACQUES-JEAN et Gérard BARBE ne donnent pas toute l’énergie qu’il faudrait pour exploser les chronos. Ils tournent entre 25 et 27 minutes au tour
Résultats 1er tour en 26’40", 2e tour en 26’12", 3e tour en 25’25", soit 1h 18’18", à 140 km/h de moyenne, 41° sur 80 équipages engagés et 48 à l’arrivée.
Le vainqueur, Dave MOLYNEUX, leur met 14’33" dans la vue sur 180 km. Il a gagné, mais pas sans difficultés. Rob FISHER, parti 10 secondes derrière lui, l’a rattrapé et dépassé dans le premier quart du circuit avant d’abandonner à Quarry Bends. Allan SCROHELD se plante dans la montagne. John HOLDEN mène à la fin du premier tour avant de rétrograder à la 5° place sur problème d’embrayage. Tom HANKS, autre favori, percute l’intérieur de Braddan Bridge et éjecte son passager.
Le quinté s’établit finalement comme suit : 1er MOLYNEUX/JEWELL à 171 km/h de moyenne, 2e I. BELL/CARPENTER, 3e HORSPOLE/LEIGH,4° R. HANKS/BIGGS et 5° HOLDEN/WATSON. En course, le meilleur temps a été réalisé par Dave MOLYNEUX en 20’55" alors qu’aux essais, il avait réalisé 20’29".
La prudence de nos deux bretons s’explique par ce qu’ils ont vu des sorties de route, à des endroits inhabituels !
Des pointures comme Geoff BELL se sont sortis lors de la 1ère séance d’essais dans la montagne (fractures diverses) et Allan SCHOHELD (3e temps des essais) en course à Windy Corner. Il est clair que la victoire est plus à la portée des équipages qui ont jusqu’à 33 ans d’expérience du TT (Mick BODDICE Snr) et qui ont les moyens de chausser des trains de pneus neufs à chaque séance !
Il n’empêche que le Tourist Trophy de l’île de Man reste un moment de choix et on ne peut qu’encourager tous ceux qui veulent tâter de cette expérience forte.
Epilogue : Les 50 ans de Honda au TT.
De plus, courir le TT conserve. Il n’y avait qu’à voir la mine réjouie de tous ces anciens pilotes, notamment japonais, qui ont fait briller les couleurs de Honda. Coureurs et mécanos ont ainsi retrouvé ces magnifiques motos qu’ils avaient domptées depuis près de 40 ans. Toute la gamme était sur la piste (à l’exception des 6 cylindres), y compris ce démoniaque 50 cm3 bicylindre 4 temps aux sonorités assourdissantes.
Même Jean-Claude CHEMARIN était de la fête bien que les médias semblaient totalement l’ignorer Mais, honte à Honda-France car, si les autres Honda étaient refaites entièrement à neuf, sa 4 pattes bleu-blanc-rouge semblait tout droit sortie d’une décharge ! De plus, le pauvre Jean-Claude aurait dû prendre la peine de reconnaître le circuit avant de partir : à Ballaugh Bridge (le si célèbre dos d’âne), il a mal décollé pour retomber lourdement sur la roue avant. Il s’est récupéré de justesse. Ca aurait fait mauvais genre d’abîmer encore plus cette pauvre moto. Reste à savoir s’il ne regrette pas d’être plus jeune de quelques années pour s’offrir ce genre de course ?
Le Tourist Trophy de l’île de Man, c’est aussi son public qui fait sa légende. Il semble que les français soient de plus en plus nombreux à prendre le chemin de Douglas et "l’apéro des français" n’en prend que plus d’ampleur.
Michel et Gérard en 1997 sur leur BAKER-HONDA à Governor’s bridge. |
Une vue du WINDLE-YAMAHA 600cc des deux bretons dans le paddock © Copyright F.Beauchamp 1998 |
Tous les sides au TT sont des 600cc (légereté) à cadre super © Copyright Thierry Leconte 1997 |
The système of the black Boarde– Tout en haut : les lampes vertes
Simple non ? Photo : Thierry Leconte 1997 |
Michel et Gérard sur l’une des portions du circuit la plus © Copyright Thierry Leconte 1997 |
Thierry Leconte